Cette étude s’appuie sur les données de l’enquête REPONSE menée par le Ministère du Travail (DARES) en 2010/2011. Des modèles probit à deux équations, estimés simultanément, sont utilisés afin de supprimer les risques d’endogénéité entre la syndicalisation et la satisfaction au travail. Les résultats obtenus montrent que les salariés syndiqués se déclarent moins souvent satisfaits de leur travail. Ces résultats sont robustes à diverses spécifications. Ils confirment, par ailleurs, l’effet « prise de parole » observé initialement par Freeman (1978) dans le contexte étatsunien. En effet, après avoir contrôlé le biais d’endogénéité, il apparaît que cet effet « voice » explique l’influence négative de la syndicalisation sur la satisfaction au travail dans les seuls établissements garantissant la signature d’accords collectifs au niveau local. En revanche, cet effet laisse place à un effet de sélection dans les établissements dépourvus de représentation syndicale. Dans un tel contexte, la frustration et le mécontentement des salariés s’expriment à travers l’adhésion à un syndicat. Cette dernière situation serait caractéristique des petites et moyennes entreprises (PME) au sein desquelles le dialogue social est souvent inexistant et les relations sociales beaucoup plus informelles.
Depuis une vingtaine d’années, les études se sont multipliées pour tenter d’établir une relation entre l’adhésion syndicale et la satisfaction au travail. La vision retirée des résultats des travaux existants, notamment nord-américains, traduit pour une part l’influence probable de la syndicalisation sur la satisfaction au travail, et pour une autre part, le sentiment d’un lien contrasté. La question centrale de cette recherche est donc de savoir quels sont les effets de la syndicalisation sur la satisfaction des salariés au travail en France dans un contexte marqué par le recul des effectifs syndicaux. Cette recherche envisage principalement : (1) d’étudier le lien pouvant exister entre l’adhésion syndicale et la satisfaction des salariés au cours de la période récente ; (2) d’enrichir les modèles d’analyse existants par la prise en compte des spécificités organisationnelles des établissements français et en particulier la nature des instances représentatives du personnel et leur répartition inégale selon la taille des entreprises et (3) d’examiner les effets croisés des pratiques incitatives de rémunération (primes individuelles, primes collectives) et de la syndicalisation en lien avec la satisfaction au travail.
